samedi 13 juillet 2013

Egypte: Les USA voudraient-ils réislamiser davantage ?

Des soldats de l'armée monte la garde place Tahrir devant le Musée égyptien du Caire.
INFOGRAPHIE- « Nous n'avons pas vocation à gouverner », affirme un haut gradé, pour tenter de convaincre de la neutralité des militaires dans la crise.

Sur le fond comme sur la forme, la séance de briefing avait été parfaitement préparée. Jeudi 11 juillet à midi, une douzaine de journalistes étrangers se sont retrouvés autour d'une table de réunion au huitième étage d'un immeuble gouvernemental moderne fort propre, au milieu du quartier militaire de Nasr City, situé à mi-chemin entre le Nil et l'aéroport international du Caire. Dans une démarche tout à fait inhabituelle, ils avaient été invités à rencontrer un officier supérieur, chargé par sa hiérarchie de défendre le rôle de l'armée dans la crise des deux dernières semaines en Égypte.
Formellement, la réunion était présidée par un diplomate de carrière, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, pour bien montrer que le mot d'ordre cicéronien «Que les armes le cèdent à la toge!» était à nouveau en vigueur au pays des pyramides. L'ambassadeur était en costume cravate et l'officier en treillis sable camouflé, impeccablement repassé. Pas une barbe dans tout l'immeuble. Ramadan oblige, aucun thé ni café ne fut servi. Les militaires détestent les islamistes, mais ils sont en grande majorité de pieux musulmans, à l'image de leur chef, le général Sissi, dont l'épouse serait voilée. Ils pratiquent autant le jeûne que leurs compatriotes civils.

Un État dans l'État

Sur le fond, la tâche du colonel Ahmad Ali n'était pas de toute facilité. Il avait à défendre l'armée à deux niveaux, stratégique et tactique. Stratégiquement, les forces armées avaient, le mercredi 3 juillet, déposé le président de la République élu un an auparavant au suffrage universel - le frère musulmanMohammed Morsi avait battu, au second tour, avec une marge de 1,7 % des voix, un ancien général d'aviation. Pas facile de contourner l'expression «coup d'État» pour qualifier cette initiative… Tactiquement, la Garde républicaine avait, à l'aube du 8 juillet, tiré à balles réelles sur une manifestation de Frères musulmans campant à ses portes, faisant une cinquantaine de morts. Pas facile d'éviter le mot «massacre» pour décrire cette action…
Intérieurement, le concept de «coup d'État» militaire n'est pas ressenti comme aussi obscène qu'en Occident. Il suffit de le requalifier en «révolution», comme ce fut le cas pour le «Mouvement des officiers libres» dirigés par Nasser, qui renversa par un putsch la Monarchie constitutionnelle du roi Farouk en 1952. Nasser, Sadate, Moubarak : l'Égypte contemporaine n'a été dirigée que par des militaires. L'armée est ici intouchable ; c'est la référence de tout pouvoir. Elle constitue un État dans l'État, jouissant de ses propres structures éducatives, résidentielles, industrielles. Le ministre de la Défense est obligatoirement un militaire. Le budget de l'armée est voté en bloc, sans que les parlementaires n'aient accès à la ventilation de ses dépenses. Jouissant d'un immense patrimoine acquis progressivement depuis soixante ans, l'armée a des ressources propres considérables, dont elle n'a pas à rendre compte au gouvernement civil.
C'est vis-à-vis de l'extérieur que le mot «coup d'État» est vraiment gênant. Car la loi américaine suspend automatiquement toute forme d'aide à un gouvernement issu d'un coup d'État. Or, depuis les accords de paix israélo-égyptiens de Camp David (1978), le Pentagone fournit plus de deux milliards de dollars d'aide militaire par an à l'armée égyptienne. Jeudi 11 juillet, ce sont encore 4 chasseurs bombardiers F-16 qui ont été livrés. Voilà pourquoi le général Sissi et l'Administration Obama ont soigneusement évité d'utiliser ce fâcheux vocable de «coup d'État».
On parle de la «Révolution du 30 juin», date où plus de dix millions d'Égyptiens sont descendus dans la rue à travers tout le pays pour exiger le départ de Morsi. Comme on le voit dans les discussions actuelles sur la Syrie, les États-Unis n'ont aucun problème légal à livrer des armes à des «révolutionnaires».
La première phase de l'exposé du colonel Ali consiste justement à nous projeter sur écran les images aériennes filmées par les hélicoptères militaires le 30 juin, au Caire, à Alexandrie et dans beaucoup d'autres villes du delta. Les foules sont effectivement monstres. «Nous étions dans une impasse», explique l'officier. «Il n'y avait plus de processus politique possible car l'ex-président était dans un état de déni psychologique. Croyant à un problème socio-économique, Morsi voulait distribuer des aides financières à la population. Il ne voulait pas voir qu'il s'agissait d'un soulèvement politique!»

«Ce n'était pas acceptable!»

Le colonel confie que l'armée a plusieurs fois averti Morsi qu'il se trompait de voie, qu'il créait par ses propos de la fitna (dissension). «Vous aviez 22 millions de citoyens égyptiens qui avaient signé la pétition des Tamarod («rebelles»), et les Frères musulmans les appelaient des “infidèles”. Ce n'était pas acceptable! C'était dangereux pour l'unité nationale, que notre devoir est de sauvegarder avant tout! Nous avons agi pour éviter que le pays ne plonge dans la guerre civile.»
Le vrai divorce entre l'armée et Morsi a commencé le 21 novembre 2012, quand le président s'arrogea tout le pouvoir législatif dans une «déclaration constitutionnelle». Aujourd'hui l'armée se réjouit de la nouvelle Constitution qui se prépare, où «personne ne se sentira exclu de la société égyptienne, sous prétexte de son sexe, ou de sa religion». Les militaires ne supportaient pas la volonté des islamistes de transformer les femmes et les chrétiens en citoyens de seconde zone. «Vous devez bien comprendre que notre rôle politique est désormais fini, que nous n'avons pas vocation à gouverner, que nous sommes neutres, que l'exercice du pouvoir ne nous intéresse pas», insiste le colonel dans son anglais parfait.
Sur la fusillade du 8 juillet, l'armée se justifie en rappelant ses communiqués enjoignant aux Frères musulmans de ne jamais approcher des casernes. L'officier nous montre des images de militants islamistes tirant au revolver en direction de la caserne de la Garde républicaine. «Un de nos capitaines a été tué. Nous n'avons fait que réagir en appliquant nos strictes règles d'ouverture du feu.» La réalité est plus complexe. Des provocations islamistes, il y en a eu indéniablement. Mais il y a aussi eu un manque de sang-froid des gardes républicains, qui ont eu la main particulièrement lourde.
«Aujourd'hui, les Frères nous disent: “libérez Morsi et vous n'aurez plus de problèmes dans le Sinaï!” Serait-ce qu'ils contrôlent ces djihadistes?», conclut l'officier, en souriant. Toutes les semaines des policiers ou des militaires sont tués par des islamistes dans ce désert qui va du canal de Suez à la frontière israélienne. Faire du chantage à la plus vieille armée d'Afrique? Les islamistes vont vite comprendre qu'ils ne sont pas de taille…

Pro et anti-Morsi manifestent dans les rues du Caire

Des dizaines de milliers de partisans de Mohammed Morsi se sont rassemblés pour le premier vendredi du ramadan devant une mosquée du Caire, exigeant le retour de leur président renversé par l'armée, dans un climat de tension. Les anti-Morsi avaient également prévu une démonstration de force sur la place Tahrir, en fin de journée, à l'occasion de la rupture du jeûne. À la mi-journée, la foule était déjà très nombreuse devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans le quartier de Nasr City, que des partisans du président déchu occupent depuis deux semaines. Un coran dans une main, un drapeau égyptien dans l'autre, les manifestants islamistes, venus de diverses régions, ont fustigé l'armée et réaffirmé leur allégeance à M. Morsi. «Je suis convaincu que Morsi va retrouver son poste. Toute injustice a une fin», a déclaré Ibrahim Mohamed, un étudiant originaire de la province de Charqiya, dans le delta du Nil. Le président destitué se trouve «en lieu sûr» et est «traité dignement», d'après les nouvelles autorités. Mais il n'est pas apparu en public depuis son arrestation, dans la foulée de sa destitution le 3 juillet. À ce titre, l'Allemagne a publiquement demandé vendredi à l'Égypte de mettre «fin à toutes les mesures limitant (sa) liberté de mouvement».

En réalité la position allemande contre la fin de Morsi montre que ce pays n'a rien appris de sa propre histoire quand Hitler a été démocratiquement élu... Or le pouvoir religieux islamiste est pire que le nazisme.
De même, les USA non contents de ce qu'ils ont failli faire, au nord ouest de l'Afrique, au sahara occidental marocain, voudraient peut être refaire la même bêtise au nord est du même continent avec leurs dogmes  de démocratie et d'autodétermination...






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